Résolution, positions et communiqués de presse au sujet du Belarus

"Loukachenka n'est plus en mesure de maintenir l’équilibre entre les influences russe et occidentale"

2011-11-14 13:18 / Delfi LT
http://rt.com/files/politics/lukashenko-russia-conflict-denial/lukashenko.n.jpgTraduit par Dasha Bespyatova

L'Occident n'a pas de stratégie cohérente à l'égard du Bélarus et ses tentatives précédentes, visant à influer la situation, ont échoué.

Selon des experts lithuaniens et étrangers, Loukachenka n'est désormais plus en mesure d'équilibrer entre la Russie et l'Ouest. À l’Ouest, Loukachenko n'a aucune marge de manœuvre, et fait des concessions avec la Russie. Mais pour avoir des changements au Bélarus, ce sont les bélarusses eux-mêmes qui doivent les vouloir, il faut donc travailler avec eux.

Le débat, qui a eu lieu le 4 novembre dans le Centre pour les Etudes Est Européennes à Vilnius, a été consacré au sujet de l'impact sur la situation au Bélarus et sur la stratégie de l'UE et de l'Ouest. Des politiciens lituaniens et des experts de la Lituanie, du Bélarus, d'Ukraine et de Pologne, ainsi que des représentants de la société civile bélarusse ont participé à ce débat.

Les stratégies n'ont pas fonctionné

Il a été dit pendant le débat dans l’une des tables rondes, qu’au cours des 15 dernières années, les Européens et les Etats-Unis ont utilisé des stratégies différentes à l'égard du Belarus. Cependant, le soutien à l'opposition n'a pas abouti aux résultats souhaités, puisque l'opposition ne peut pas influencer le processus au Belarus, ce qui limite l'effet de levier.

Les experts ont remarqué que la tentative d'attirer l'attention sur la nécessité de restructurer le système interne a également échoué. Par conséquent, à ce stade, il faut travailler avec les élites, les autorités. Cependant, le travail avec les autorités est un processus complexe. Surtout, l'introduction de listes noires, comme l'a noté un des experts, pour les fonctionnaires bélarusses est une sorte d'indicateur de leur fidélité particulière au leader bélarusse.

Les participants au débat ont affirmé qu’en ce qui concerne les projets occidentaux par rapport au Bélarus, le temps est beaucoup plus important que l'argent dépensé sur la réalisation des stratégies. Ils ont souligné que les stratégies de l'Ouest ont échoué et ne fonctionnent pas - ni la politique des l’isolation, ni la politique d’intégration - et maintenant il faut réfléchir à une nouvelle stratégie unifiée à long terme pour ce pays.

Comment engager le Bélarus dans l'orbite occidentale

Les participants au débat ont dit que pour l'implication des Bélarusses dans l'orbite européenne et occidentale, il faut penser à la zone de libre-échange, à la libre circulation et à d'autres projets similaires. Cependant, il y a une condition importante pour ce processus, il faut avoir une consolidation interne, y compris dans l'UE. Les experts ont souligné que l'introduction du récit historique antitotalitaire est nécessaire, dans la mesure où le Belarus a besoin de l'histoire de la lutte contre le totalitarisme. Si on ne crée pas de telle histoire, il n'y aura aucun désir de changer quelque chose, le désir de démocratiser la situation.

Le travail des médias, l’Internet et l'investissement dans leur développement est un autre enjeu qui doit être adressé. L’un des participants a assuré qu’il ne faut pas oublier la possibilité de voyager plus en Europe, y compris pour la nomenclature bélarusse qui regardera le monde plus largement dans ce cas. Les journalistes des médias étatiques doivent également être impliqués dans les processus d’échange ; il faut les inviter pour qu’ils montrent comment tout se passe en Europe, car la communication change la mentalité.

Les participants de la table ronde ont remarqué que dans les conditions du régime totalitaire, il faut travailler plus efficacement avec la société, de plus les Etats-Unis et l'UE devraient définir leurs stratégies à long terme. Il ne faut pas compter sur des résultats rapides, il faut surveiller attentivement la situation, mener les activités de surveillance de façon continue.

Les Etats-Unis et l'UE - un objectif et l’absence de la stratégie

L’un des analystes a affirmé qu’au niveau des Etats-Unis l'intérêt vers le Belarus est très faible, et il a qualifié l'inflexibilité à l'égard de l'actuel régime comme l'une des faiblesses de la politique américaine envers ce pays. En outre, les Américains accentuent leurs efforts sur le soutien de l'opposition, mais celle-ci n'a pas d'impact réel sur la situation. Il a été également noté que l'opposition est divisée et non transparente dans ses plans et actions.

En ce qui concerne l'UE, son principal problème est l’absence d’objectifs précis. Soit l'UE s‘impliquera pour changer le régime, soit ils accepteront le régime politique existant comme une donnée et continuera à travailler avec lui. Il n'y a pas de possibilité tierce. L'un des intervenants a conclu qu’à partir des objectifs établis seront développés des outils.

Selon la remarque de l'un des experts, l'UE n'est pas capable de «changer les régimes». Si les Européens étaient capables d'influencer les processus en Europe Centrale et Orientale, c’est parce que les pays de la région avaient l’intention de rejoindre la communauté européenne, mais il n’aura pas de mêmes outils pour influencer le Belarus. Le régime bélarusse au pouvoir ne parle pas de l’entrée dans l’UE, et même au contraire il s’exprime très négativement à cet égard.

Les participants ont noté la différence entre les intérêts des pays au sein de l'UE par rapport au Belarus. Par exemple la Pologne et la Lituanie ont un intérêt, et la France et l'Espagne en ont un autre. Il est difficile à parvenir à un consensus, si c’est même possible. Les Etats-Unis ont des programmes et des organisations spéciaux à travers lesquels ils travaillent avec la société civile dans d'autres pays. Les experts ont souligné que l'UE n'a pas de tels outils.

En général, il faut admettre l'échec de la politique occidentale vers le Belarus, parce qu’il faut avoir un regard plus réaliste des choses. Les experts ont insisté sur le fait que Loukachenko est actuellement dans une situation extrêmement difficile, mais pas complètement coincé. Il est faible dans les relations avec la Russie, qui se comporte comme l'Ouest: met des conditions et n’alloue pas de fonds. Mais, de toute façon, la Russie ne donnera pas le Belarus sans se battre.

Facteur de la Russie

Les experts disaient que pour le Belarus, la Russie est une grande annexe de matières premières. Même si le gouvernement russe ne supporte pas Loukachenka, il ne veut rien changer. Le Bélarus est une vitrine de processus d'intégration pour elle. L’un des analystes a particulièrement remarqué qu’il ne faut pas sous-estimer le facteur de coopération et de rapprochement entre la Russie et le Bélarus dans le domaine militaire.

Il ne faut pas sous-estimer l'importance stratégique du Bélarus pour la Russie, ainsi que les projets d'intégration de Vladimir Poutine. Contrairement à l'UE où tous les pays membres doivent parvenir à un accord, la Russie n’a pas besoin de faire cela. En outre, elle a de l'argent, une stratégie, ainsi qu’une langue commune, ce qui manque aux Européens. Un des experts a expliqué qu’en même temps, Loukachenko est le seul homme dans l'espace postsoviétique, qui ne rentre pas dans le «monde de Poutine».

Comment parler à Loukachenka

Dans l'UE il y a la compréhension qu'il est impossible de changer Loukachenka, et il faut accepter les autorités bélarusses telles qu’elles sont, même si cela ne signifie pas fermer les yeux sur leurs actions. L'un des participants à la table ronde a appelé de ne pas demander aux autorités bélarusses ce qu'elles ne peuvent pas donner, il faut être plus réaliste.

Pour l'UE, Loukachenko est un partenaire impossible. Il est au pouvoir depuis 17 années, et il n’y a pas de possibilité de dialogue. Selon certains experts, l'intérêt de l'Occident envers le Bélarus est très élevé, car personne n’a pas compris pourquoi Loukachenko est toujours au pouvoir.

Il est important de comprendre que la rhétorique de la contrainte de la part de l'Europe et des Etats-Unis est contre-productive, car Loukachenka ne peut pas être faible en face de ses subordonnés. S’il accepte d’accomplir certaines conditions, son image auprès des subordonnés se fissurera. Ainsi, il ne faut pas lui mettre des conditions, sachant qu'il ne les réalisera pas. Il faut réduire le ton de la rhétorique (la rhétorique du ministre des Affaires étrangères polonais Sikorski a été nommé "le soutien au régime") et ignorer Loukachenka, ne pas lui donner trop d’attention, car cela contribue à son image à l’intérieur du pays.

Dans le même temps, l'autre analyste estime que pour le moment le président bélarusse ne peut plus équilibrer, il n'a aucune marge de manœuvre à l'Ouest. Maintenant, il va vers la Russie, où il est faible et fait des concessions aux Russes, car il n’a pas de choix. Les experts assument qu’en prenant en compte la situation économique difficile, c’est maintenant le moment où il faut essayer de changer quelque chose au Belarus.
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